Arthemis Moraru, jeune chercheuse à l’origine d’une première méta-analyse mondiale sur le domaine vital des félins
Les félins font face à des menaces croissantes, principalement liées à la dégradation des habitats et aux conflits entre humains et faune sauvage. Arthemis Moraru, doctorante à Lyon 1 Université, est première auteure d’une étude à échelle mondiale consacrée à l’influence des activités humaines sur leur domaine vital. Parue dans la revue internationale Journal of Animal Ecology, cette méta-analyse globale apporte un éclairage inédit sur l’impact global des pressions humaines.
Arthemis Moraru s’est intéressée au domaine vital des félins, un indicateur clé de leur écologie spatiale. Menés lors de son Master 2 au Laboratoire de biométrie et de biologie évolutive (LBBE – CNRS / Lyon 1 Université / VetAgroSup), ses travaux viennent d’être publiés dans Journal of Animal Ecology. Aujourd’hui doctorante au Laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés (LEHNA – CNRS / Lyon 1 Université / ENTPE), elle revient sur cette publication, son parcours et ses ambitions de jeune chercheuse.
Arthemis Moraru
Arthemis Moraru, dans son bureau au LEHNA.
Que représente pour vous, en tant que jeune chercheuse, cette publication dans la revue scientifique Journal of Animal Ecology ?
C’est ma première publication. Il est surprenant d’avoir une telle publication si t?t, dès le début de la thèse. Je suis donc surprise ! C’est un grand accomplissement issu de deux années de travail. Il a pu se concrétiser gr?ce à mon ma?tre de stage[1] qui m’a proposé de continuer à travailler avec lui pour mener à cette publication.
Pouvez-vous nous expliquer l’enjeu scientifique de ces résultats ?
Cette première méta-analyse globale, menée sur toute la famille des félins, met en évidence de nouvelles variables explicatives de la taille du domaine vital[2], comme l’importance des p?turages, des cultures et la richesse en espèces de félins. ? l’échelle mondiale, nous avons montré que chez les félins, sa taille dépend à la fois de traits biologiques (notamment la masse corporelle et le sexe), de l’environnement et des pressions humaines.
Nos résultats soulignent que l’anthropisation influence profondément l’écologie spatiale des félins, avec des implications importantes pour leur conservation. Les paramètres globaux identifiés fournissent des directives générales pour toute la famille. De plus, protéger l’espace de vie des félins, contribue indirectement à protéger d’autres espèces avec lesquelles ils partagent leur territoire.
Aujourd’hui vous êtes doctorante au LEHNA, présentez-nous votre sujet de thèse ?
Je travaille sur la dynamique des microbiotes du crapaud commun, et plus particulièrement sur l’effet de la pollution lumineuse sur cette espèce. Comme pour mon étude sur les félins, ce travail implique beaucoup d’analyses statistiques et s’intéresse à un impact anthropique, mais à une échelle très différente : ce n’est pas une méta-analyse globale, mais une étude centrée sur le territoire lyonnais.
Votre parcours entre le Master 2 et le doctorat n’a pas été linéaire. Comment avez-vous poursuivi votre engagement dans la recherche, et qu’est-ce qui vous motive à continuer dans cette voie ?
Après mon Master 2 au LBBE, j’ai continué mes travaux sur les félins pendant un an. En parallèle, j’ai fait un service civique en tant qu’assistante d’éducation dans un collège. Le fait de rester impliquée dans la recherche, et d’avoir soumis un article au Journal of Animal Ecology, a montré ma rigueur scientifique et ma capacité à poursuivre dans ce domaine. C’est ce qui m’a permis d’intégrer le LEHNA pour ma thèse, même si je n’ai pas encha?né directement Master 2 puis doctorat comme c’est souvent le cas.
J’ai toujours beaucoup aimé la recherche, dans tous les domaines. Même sur mon temps libre, je fais des recherches. Je me suis dit : ? autant allier plaisir et travail ! ?. Ce qui me motive, c’est l’idée de contribuer à accro?tre les connaissances, mais aussi de pouvoir les partager. C’est d’ailleurs ce qui me donne envie, plus tard, de devenir enseignante-chercheure.
Pourquoi avoir choisi plus particulièrement le domaine de l’écologie ?
J’aime étudier les interactions entre les espèces et celles avec leurs environnements. Avec la question de l’anthropisation, on touche à une thématique très actuelle, au c?ur de la plupart des études maintenant. Et c’est tant mieux, car on peut découvrir des choses qui vont nous permettre de limiter notre impact sur l’environnement.
Référence de la publication : Moraru, A., Anile, S., & Devillard, S. (2026). Global determinants of home range sizes in felids: Evidence of human disturbance impact. Journal of Animal Ecology. Advance online publication. https://doi.org/10.1111/1365-2656.70227
?coutez également l’intervention d’Arthemis Moraru dans le podcast de France Culture Avec Sciences
Propos recueillis par Anna Thibeau / Direction de la communication Lyon 1 Université
? photo portrait Arthemis Moraru : Eric Le Roux / Direction de la communication Lyon 1 Université;
photo félin : Adobe Stock
[1] Sébastien Devillard, enseignant-chercheur au LBBE et co-auteur de l’article du Journal of Animal Ecology.
[2] Le domaine vital correspond à l’ensemble des zones qu’un animal utilise régulièrement pour se nourrir, se reproduire et se reposer.